> Théâtre 13 / Seine Théâtre

LA DISCRÈTE AMOUREUSE

de Felix Lope de Vega - création en France
mise en scène Justine Heynemann

Note d'intention

Au théâtre on aime, on est aimé, survient un méchant, on est trahi, on se venge, on est puni, on se repent, on aime, on est aimé... Lope de Vega


Tradition et modernité
Lors de son commencement, « la discrète amoureuse » apparaît comme une œuvre relativement classique, puis dès la deuxième journée une liberté de ton jaillit du texte, lui donnant une couleur résolument moderne qui va crescendo jusqu’à l’explosion finale, sorte d’apogée de fantaisie. Ce glissement de la tradition vers la modernité me paraît une piste de travail essentielle car c’est une façon pour Lope De Vega de proposer au public une forme théâtrale innovante.
La musique sera un agent majeur de ce passage de la tradition vers la modernité.
Acoustique, s’appuyant sur des poèmes de Lope De Vega chantés dans leur langue d’origine, elle deviendra de plus en plus contemporaine, s’inspirant du magnifique travail qu’a pu faire le duo de guitaristes « Rodrigo y Gabriela ». Elle sera prise en charge par Pablo Penamaria à la guitare (Doristéo) et Florian Choquart (Hernando) aux percussions. Elle sera pleinement intégrée à la mise en scène, permettant de véritables moments de folie collective et donnant ainsi une perspective esthétique nouvelle au spectacle.

L’aventure du désir
Restituer sur le plateau la vigueur du texte, cette course folle pour l’amour dans laquelle s’engagent tous les personnages et qui les laisse épuisés et ravis à la fin de la pièce me parait essentiel.
 De cette écriture organique, charnelle se dégage une grande sensualité. Le corps en mouvement dessinera donc les lignes de force du spectacle car c’est bien le corps qui est au coeur de l’action : les personnages agissant par lui et pour lui, sous l’emprise du désir ou de leurs émotions.
Afin d’être au plus près de la jeunesse insolente et impétueuse représentée dans La discrète amoureuse, j’ai fait appel à de très jeunes acteurs, Thomas Soliveres et Anne-Clotilde Rampon. Avec leur physique encore empreint d’adolescence, ils incarneront un couple à la fois tendre et comique, sorte de Roméo et Juliette à l’enthousiasme méditerranéen et qui connaîtraient une fin heureuse.
Le triomphe de la jeunesse est en effet un ressort majeur de l’intrigue, permettant d’évoquer avec humour et férocité une génération d’aînés qui, en s’accrochant à un fantasme insensé, révèle sa peur de vieillir.

Une pièce pour les acteurs
C’est un terrain de jeu que je proposerai aux comédiens lors des répétitions. Un chantier artistique où la frontière des possibles est sans cesse repoussée et où ils se sentent libres de créer, proposer, improviser afin de s’approprier cette matière incroyablement vivante et sensuelle qu’est le texte de lope De Vega. Les répétitions débuteront par un temps de recherche permettant à chaque comédien d’avoir ainsi l’espace nécessaire à toutes sortes de propositions. Il s’agira ensuite de mettre en forme ce chantier, de lui donner une structure, tout en veillant à ne rien perdre de la liberté que chacun aura pu trouver lors de ce préambule. C’est en travaillant ainsi, en lien avec les acteurs et collectivement, que le projet artistique trouvera sa cohérence ainsi qu’un écho chez le public d’aujourd’hui.

Des femmes fortes et intrépides
« Je dois le reconnaître, vous avez une âme discrète dans un esprit viril » Lucindo à Fénisa (deuxième journée)
Depuis le début de mon parcours, l’axe principal de mon travail de metteur en scène est la femme et sa représentation théâtrale.
 Au delà d’une apparente fraîcheur, la pièce propose une vision forte de la condition de la femme. Les trois personnages féminins sont prêts à outrepasser les limites fixées par les codes de l’honneur et de la bienséance pour prendre possession de leur destin et le faire coïncider avec leurs désirs. Fénisa représente particulièrement cette volonté active d’émancipation : sous des dehors angéliques, elle tire les ficelles d’un stratagème dont dépend son bonheur futur et dans lequel elle n’hésite pas à manipuler sa propre mère.
Sans doute parce qu’il y avait des actrices en Espagne au XVIIe siècle, contrairement à l’Angleterre et la France, les rôles féminins de cette pièce possèdent une vérité très particulière. Anne-Clotilde Rampon, Eléonore Arnaud et Françoise Thuries incarneront, avec leur sensibilité contemporaine, ces héroïnes d’un autre temps dont la lutte pour exister par elles-mêmes et gagner leur place dans un monde fait par et pour les hommes trouve encore aujourd’hui une résonance.

Justine Heynemann