> Théâtre 13 / Seine Escales

IN-PARADISE / PARADISE IS NOT ENOUGH

conception, direction artistique Anne Le Batard & Jean-Antoine Bigot
En collaboration avec la Coopérative De Rue et De Cirque

Note d'intention

Paradise5


Sauf à rêver de villes aseptisées, d’où toute vie se serait retirée à l’intérieur, qui ne peut se réjouir de l’appropriation anonyme des trottoirs et des rues, des bords de mer aux franges des chantiers ? Appropriations poétiques qui voient naître des constructions éphémères et fragiles, minuscules ou énormes, des usages surprenants, des inventions venant bousculer l’ordre urbain par leur fragilité même…

Au fil de nos voyages, nous nous sommes passionnés pour ces architectures anonymes, l’inventivité de ces installations et cette aisance à investir un «bout» de ville pour y fabriquer une nouvelle organisation sociale. En Egypte, par exemple, la rue est prise d’assaut par des milliers de vendeurs ambulants, danseurs improbables ou gouailleurs inépuisables. Cette nécessité d’exister dignement à travers une activité oblige chacun à réinventer un rapport à l’espace urbain hors des lieux balisés et officiels.

In-Paradise et Paradise is not enough racontent ces espaces habités, espérés, fantasmés, révélant une grande dignité, une vitalité créative qui permet à chacun de trouver dans la ville, l’espace du mouvement, du vivant, un espace interstitiel, un espace riche.

Nous avons affûté notre regard et nos sensations en furetant, en écoutant et observant les villes notamment Alexandrie, Le Caire, Mexico… et quotidiennement Marseille, la ville que nous habitons. Attirés et séduits par de petits détails, nous avons traqué les espaces, les personnages, les habitudes, les gestes qui viennent nourrir notre écriture chorégraphique et notre interprétation.


Une écriture en miroir

A partir du même point de départ se déploient deux écritures chorégraphiques, deux angles de vues. In-Paradise et Paradise is not enough sont deux pièces construites en miroir.

Dans un premier mouvement, In-Paradise met en jeu la danse dans un rapport à la quotidienneté, fabrique un regard sur l’espace, le monde, l’individu dans son rapport à l’espace urbain.

Dans un deuxième mouvement, Paradise is not enough met en jeu la danse, séparée de son contexte initial d’écriture, projetée dans un espace vierge, symbolique, intime, sur le plateau.

Le spectateur est invité à un voyage, une expérience esthétique qui lui fera éprouver dans le passage du dehors au dedans toute la puissance d’une écriture chorégraphique confrontée au changement de contexte, changement de focale qui conduit du temps réel de l’urbanité au temps symbolique du plateau, de la rumeur au silence.

La compagnie Ex Nihilo interroge dans chacune de ses créations un rapport différent à l’espace de représentation ainsi qu’à la place du spectateur tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Deux projets ont particulièrement mis en jeu le dialogue entre le dedans et le dehors.
Passants, issu d’une résidence d’un an dans le quartier Belsunce à Marseille, aborde la question de l’intimité du corps dans l’espace public. Le spectateur est amené à se déplacer dans les espaces du théâtre réinventés par une scénographie qui perturbe les codes habituels pour l’inviter à choisir sa place, son point de vue.
Détail#3 dans lequel les spectateurs sont assis au centre du plateau. Les chorégraphies, filmées à la manière des streets-artists dans des lieux à l’abandon ou en transformation d’une dizaine de grandes villes du monde, sont projetées à 360° sur les murs, alternant avec des solilive. L’espace scénique est fractionné, les spectateurs à l’affût de ces apparitions et disparitions, plongés dans une ambiance sonore témoin des villes traversées.